Éditorial, avril 2007. Le site de chercheur : un nouveau type de publication scientifique

Nous poursuivons ici la réflexion sur ce qu’apporte un site internet de chercheur à la recherche et aux chercheurs eux-mêmes, à partir de l’expérience du présent site ouvert il y a un an.

Les outils site et internet offrent (dans les limites toutefois de leur conception actuelle) des possibilités qui ne se réduisent pas à disposer d’un support dématérialisé et d’un moyen de diffusion instantanée des publications scientifiques telles qu’elles ont été progressivement conçues et codifiées dans le cadre de la technique et de l’économie de l’imprimé. Nombre de sites institutionnels ne font pour l’instant que transposer la forme « imprimé ».

Or il faut se rendre à l’évidence. Un nouveau type de publication scientifique est en gestation. Pour la première fois en effet, il est possible de donner à un texte de sciences sociales la longueur, la forme et le contenu correspondant aux exigences scientifiques du sujet traité, sans le formatage arbitraire et les restrictions qu’imposent revues et éditeurs pour des raisons économiques et commerciales. Il deviendra en particulier nécessaire, parce que cela est maintenant économiquement possible, de fournir la preuve détaillée de ce que l’on avance, en insérant ou en adjoignant les documents d’enquête (écrits et audio-visuels), les traitements de données et les analyses correspondantes. De nouvelles normes éditoriales et académiques ont toute chance de voir le jour et de s’imposer, dès lors qu’un nombre suffisant de chercheurs s’approprieront l’outil dans cet esprit. Il est clair que les revues et les éditeurs auront à redéfinir leur place dans le dispositif général d’animation et de diffusion scientifiques.

Mais le site de chercheur permet plus encore. Une publication, au lieu d’être isolée dans une revue ou chez un éditeur, se trouve replacer dans la série de celles qui la précède. La trajectoire et le projet scientifique de l’auteur, son mode de raisonnement sont donnés à voir et éclairent les derniers résultats qu’il livre. Il peut rappeler le contexte intellectuel et la question en débat qui entouraient la publication de ses textes anciens. Bien des malentendus, des incompréhensions et des anachronismes peuvent être ainsi levés. Le lecteur pourra, en naviguant dans le site grâce aux liens créés par l’auteur, accéder immédiatement aux définitions précises des notions utilisées, aux démonstrations, aux raisonnements antérieurs qui ne sont pas nécessairement rappelés dans tous les textes.

Ces potentialités ont leurs contreparties. Un site « chercheur » est exigeant pour l’auteur, car il est logiquement amené à rendre compte de ses évolutions dans la page de présentation de ses textes quand il ne l’a pas fait dans les textes eux-mêmes. Il l’est aussi pour le lecteur, qui ne pourra se contenter d’une lecture rapide d’un article pour se faire une idée du travail d’un chercheur. Il devra prendre en compte sa démarche générale et son parcours intellectuel. Mais cela en vaut la peine. Le débat scientifique devrait en être enrichi.